D'ordinaire ces destinées toutes tracées se devinent sans erreur. On pouvait imaginer Anne sur ce modèle. Cinq générations de vignerons, le tempérament volontaire et enjoué, forgé au pied des cuves. La vigne et rien d'autre. « Non, pour moi les choses ne se sont pas du tout passées de cette manière ! »
Anne a bien le tempérament, la galerie des grands-pères Germain vignerons et l'esprit de famille, mais la vigne ne faisait pas partie du scénario. « J'étais conseillère en banque et assurance, la vocation m'est venue sur le tard. » Façon de parler, la jeune femme va sur ses 32 ans, la voilà à la tête du domaine des Tabourelles avec une envie communicative de transformer l'essai des aînés.
'' Au début je ne voyais pas ma place ''
Les Tabourelles, un vignoble comme on les aime, ondulé sur les hauteurs de Bourré avec au coeur sa loge sous le bosquet et la vallée du Cher en plongée. Vingt hectares d'un seul tenant accrochés au plateau calcaire, sauvignon pour les blancs, gamay, cabernet, côt pour les rouges et le pineau d'aunis en rosé.
« J'aurais pu être intéressée par la vigne beaucoup plus jeune, mais à l'époque on livrait le raisin directement à la coopérative, je ne voyais pas ma place. Au début des années 2000, mon père a quitté le système coopératif, il est reparti à zéro en construisant son chai et en se rapprochant des négociants. Aujourd'hui je souhaite sortir progressivement de cette filière et vendre la quasi-totalité de la production directement au particulier. »
En 2005 Anne profite de son congé maternité pour faire les vendanges, l'année suivante elle quitte l'assurance, intègre le domaine et depuis 2010, elle s'est adjoint les services de Damien, oenologue chargé de la partie technique. Un sacré revirement entamé alors que naissait au sein de l'AOC Touraine le terroir de Chenonceaux. Un petit vignoble, limité aux berges du Cher, où se concocte un bel assemblage de côt et de cabernet. « Pour cette production spécifique, on a vraiment la satisfaction de travailler le vin dans ce qu'il peut donner de meilleur. »
Si l'on n'avait pas ce souci de conquérir de nouveaux marchés, ce serait bien le paradis aux Tabourelles. Sur une fin de journée regagner le bourg et le clos du Verêt, cette imposante bâtisse de tuffeau achetée par Anne et son époux Aimé, retapée avec goût, où l'on peut séjourner dans l'une des trois chambres d'hôtes. Presqu'une maison de famille, « ma grand-mère venait là acheter son lait ! »
Les 29 et 30 octobre à Bourré, Anne et Aimé ouvrent leurs portes au public à la cave, au 63 route des Vallées. On y dégustera les productions du vignoble et pour ceux et celles intéressés, une visite des caves est prévue.